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La transformation de la chaîne de valeur des cabinets comptables

Chez Goldman Sachs, les traders actions qui étaient encore 600 en 2000 ne sont désormais plus que deux. Tous ces postes ont disparu sous l’effet de la bascule vers le trading électronique. En France, la profession comptable, c’est près de 130 000 collaborateurs en 2021*. Si l’on suit le modèle de Goldman Sachs, les collaborateurs des cabinets comptables pourraient n’être plus que 450 d’ici quelques années. Pourtant, la profession ne croit pas en l’obsolescence programmée de ses talents et voit plutôt la digitalisation comme une source de croissance. C’est ce que révèle l’étude OMECA 2021, prévoyant jusqu’à 13 000 créations de postes d’ici à 2025. Dans ce contexte, se pose la question de l’évolution de la profession d’expert-comptable et de la création de nouveaux métiers.

La transformation de la chaîne de valeur des cabinets comptables

La notion de chaîne de valeur que l’on attribue à Michael PORTER permet de mettre en exergue les centres de coûts et les centres de profit. Ainsi, à travers une analyse de la chaîne de valeur de votre cabinet comptable, vous pouvez identifier pour chaque pôle ou processus métier la valeur qu’il génère au regard des ressources qu’il consomme. 

Dans le cabinet traditionnel du début du XXIè siècle, la chaîne de valeur s’articulait autour de la production comptable, à savoir : la récupération, la saisie comptable et la révision de la comptabilité. À l’échelle d’un cabinet, ce poste représente une forte dépense en termes de ressources et offre de moins en moins de valeur ajoutée aux cabinets. L’arrivée des nouvelles technologies dans le monde de l’expertise-comptable rebat les cartes de la chaîne de valeur chez les cabinets, avec des enjeux RH significatifs. 

Aujourd’hui, un cabinet digitalisé observe une chaîne de valeur qui vient segmenter le back-office du front-office de la production comptable : tandis qu’un logiciel ou un Saas s’occupe des tâches à faible valeur ajoutée, les collaborateurs comptables s’occupent eux d’accompagner et de conseiller les clients (PME, TPE, entrepreneurs…). Ces outils viennent simplifier et améliorer le quotidien des cabinets, à l’image de Chaintrust et de notre solution de saisie comptable. 
En bref, la digitalisation offre un vaste champ des possibles, notamment axée sur des problématiques d’account management et de customer success.

Entre déversement, destruction-créatrice et paradoxe de l’innovation

En matière de théorie de l’innovation et du progrès, il est difficile de passer à côté de Joseph Schumpeter, d’Alfred Sauvy et de Robert Solow. Le phénomène de destruction créatrice que l’on doit à Schumpeter énonce que le progrès se manifeste sous la forme de « grappe à innovation », entraînant l’obsolescence de certaines activités au profit de nouvelles plus prometteuses. C’est tout l’enjeu de savoir si les cabinets comptables devront mener le même combat que Kodak avec l’arrivée des appareils photos numériques ou si, comme les éditeurs de consoles, ils réussiront à embrasser la technologie pour créer une nouvelle forme de valeur

C’est alors qu’intervient Alfred Sauvy. De la même époque que Schumpeter, ils ont connus tous deux l’arrivée et les conséquences de la mécanisation des tâches avec la démocratisation du Taylorisme et du Fordisme sur la première moitié du XXe siècle. Selon Sauvy, l’innovation génère un « déversement » d’un marché vers un autre en matière de compétences. En d’autres termes, si l’expertise comptable ne parvient pas à se renouveler, on peut s’attendre au départ forcé des collaborateurs comptables vers d’autres secteurs d’activités plus innovants. À l’inverse, si la profession parvient à se renouveler, le monde du chiffre deviendra un véritable aimant à nouveaux talents.

Pour les cabinets comptables digitalisés, il n’est pas toujours évident de quantifier les gains de productivité liés à l’implémentation de nouveaux outils. Certains mettront dans la balance le temps passé à s’approprier les outils avec le gain de temps sur la saisie, tandis que d’autres diront que, malgré le déploiement de ces nouvelles technologies, les collaborateurs travaillent toujours autant. C’est le constat qu’avait fait Robert Solow dans les années 80’s en expliquant, « On voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité »
Concrètement, l’implémentation de nouveaux outils n’induit pas nécessairement des gains de productivité. Dans le monde de l’expertise comptable, le scepticisme et la crainte du remplacement des experts-comptables aux profit de ces technologies peuvent conduire à un tel jugement sur l’innovation. Pourtant, il est important d’observer les « gains cachés » de l’automatisation comme la rétention de talent, un meilleur confort de travail, la sécurisation de certains processus métiers ou encore utilisation adéquate des compétences des collaborateurs comptables (plus axés sur le conseil client).

Le fameux collaborateur augmenté de demain : qui sera-t-il ?

L’entre deux qui est aujourd’hui occupé par l’intervention manuelle sur des tâches répétitives occupera à l’avenir une place beaucoup moins importante. Par conséquent, le collaborateur de demain sera un professionnel capable d’utiliser des outils technologiques pour automatiser ses tâches, tout en ayant des missions de prospection, de démarches commerciales, de customer success ou d’account management.

En synthèse, le déploiement des nouvelles technologies repense totalement la chaîne de valeur des cabinets comptables. Alors que les robots seront assignés à des tâches de back-office, les collaborateurs verront leur rôle évoluer vers de nouvelles missions de front-office, tournées vers le client. En ce sens, il est cohérent d’envisager une croissance de l’emploi au sein des cabinets avec un déversement de nouveaux talents compétents dans la comptabilité, mais aussi dans l’accompagnement, le suivi et l’écoute client.


*source Compta-Online