La réforme de la facturation électronique est en train de transformer en profondeur la relation entre les entreprises et leurs experts-comptables. Avec une mise en place progressive à partir de septembre 2026, elle impose de nouveaux standards, mais ouvre surtout la voie à une gestion plus fluide, automatisée et fiable des données financières.
Pour mieux comprendre les enjeux concrets de cette transformation et les choix technologiques qui en découlent, nous avons croisé les regards de deux acteurs du groupe Visma : François Aupetit CEO d’evoliz et Mikael Gandon, CEO de Chaintrust. À travers cet échange, ils partagent leur vision de la réforme et les synergies entre leurs solutions.
Interview réalisée par Chaintrust et evoliz
Pouvez-vous présenter en quelques mots votre société et votre rôle dans l’écosystème du groupe Visma ?
François Aupetit CEO d’evoliz
evoliz, c’est un logiciel de factu’ et compta’ pensé pour les TPE et PME françaises. Devis, facturation, achats, suivi bancaire, comptabilité : on couvre l’ensemble du cycle de gestion depuis un seul outil, sans complexité inutile.
On a été fondé en 2010 avec une conviction simple : la gestion doit être accessible à tous les entrepreneurs, pas seulement à ceux qui ont un service financier.
Au sein du groupe Visma, notre rôle est clair : on est la brique logicielle orientée entreprise. Pendant que les autres entités du groupe s’adressent principalement aux cabinets comptables, nous, on pense et parle aux entrepreneurs… Parce qu’on l’est. C’est ce qui nous a permis de construire un outil qui leur ressemble.
Mikaël Gandon CEO de Chaintrust
Créée en 2018, Chaintrust est la plateforme qui automatise la saisie comptable grâce à l’intelligence artificielle et à un OCR puissant. Notre technologie analyse les factures et génère automatiquement les écritures comptables avant leur intégration dans les logiciels de production des cabinets.
Notre objectif ? libérer les experts-comptables des tâches de saisie chronophages afin qu’ils puissent se concentrer sur des missions à plus forte valeur ajoutée, tout en améliorant la fiabilité du traitement des pièces comptables.
Aujourd’hui, Chaintrust joue un rôle pivot dans la transformation digitale du groupe. En tant que Plateforme Agréée (PA) de Visma France dans le cadre de la réforme de la facturation électronique, elle assure un pont sécurisé et fluide entre les entreprises et leurs experts-comptables. En libérant les cabinets des tâches chronophages, Chaintrust leur permet de se repositionner sur leur cœur de métier : le conseil et l’accompagnement stratégique de leurs clients.
Quelle est la vision commune du groupe Visma autour de la facturation électronique et de la digitalisation comptable ?
François Aupetit CEO d’evoliz
Chez Visma, on ne cherche pas à tout faire sous un seul toit. Notre modèle, c’est le “best of breed” : chaque société du groupe est experte dans son domaine, et toutes se connectent entre elles.
Sur la facturation électronique, c’est exactement cette logique qui s’applique. evoliz apporte l’interface de gestion, l’expérience utilisateur, la simplicité. Chaintrust apporte l’infrastructure de confiance, la Plateforme Agréée. Ensemble, on couvre l’ensemble du besoin sans que l’entrepreneur ait à assembler lui-même les pièces du puzzle.
La vision commune, c’est que la réforme ne soit jamais un sujet de stress pour nos utilisateurs. C’est notre responsabilité collective de faire que la conformité soit transparente, et que la valeur soit palpable côté gestion ou côté cabinet.
Mikaël Gandon CEO de Chaintrust
Je partage pleinement cette approche, la force du groupe Visma est justement de réunir les meilleurs outils du marché au sein d’un même écosystème, où chaque solution apporte son expertise.
La vision portée par le groupe est claire : la facturation électronique ne doit pas être abordée comme une simple contrainte réglementaire, mais comme une opportunité de transformation durable pour les cabinets et les entreprises.
Au-delà de la conformité, l’enjeu est de fluidifier les échanges, fiabiliser la donnée, automatiser les traitements et reconnecter l’ensemble de la chaîne, de l’émission de la facture jusqu’à son intégration comptable et à son suivi. Cette approche s’inscrit dans une vision plus large de la digitalisation comptable : réduire les tâches à faible valeur ajoutée, sécuriser les processus et permettre aux professionnels du chiffre de se recentrer sur le conseil, l’accompagnement et le pilotage.
Comment vos solutions respectives répondent-elles concrètement à ces défis ?
François Aupetit CEO d’evoliz
evoliz couvre nativement les trois axes de la réforme : émission des factures clients, réception des achats et synchronisation bancaire.
Nos clients peuvent déjà traiter leurs documents de vente en format structuré, capturent les factures fournisseurs de manière automatisée, et alignent tout avec leurs comptes en direct. La finalité de la réforme, au fond, c’est quoi ? La déclaration de TVA préremplie… Et c’est dans notre ADN depuis longtemps.
Nous, on veille à ce que les mécanismes techniques liés à la facturation électronique (que Chaintrust gérera parfaitement) passent inaperçus : l’utilisateur se concentre sur son business, pas sur les rouages administratifs.
Mikaël Gandon CEO de Chaintrust
Oui, et c’est là que la complémentarité entre nos solutions prend tout son sens.
evoliz est vraiment côté gestion, au plus proche de l’entreprise, pour créer, envoyer et suivre les factures au quotidien.
De notre côté, en tant que Plateforme Agréée, on gère toute la couche réglementaire : les flux de factures électroniques, l’interopérabilité avec les autres plateformes, la connexion à l’annuaire, la transmission des données à l’administration… et demain, toute la partie e-reporting.
Mais il y a un point important : la réforme ne va pas tout standardiser du jour au lendemain. On aura encore des PDF, des factures étrangères, des formats incomplets…
Et c’est justement là que notre ADN historique reste clé. L’OCR et l’intelligence artificielle permettent d’extraire, de récupérer, de structurer et de fiabiliser la donnée, quel que soit le format.
Au final, l’idée, c’est vraiment d’avoir une chaîne complète et cohérente : côté entreprise avec evoliz, côté conformité et traitement avec Chaintrust, mais sans rupture pour l’utilisateur.
En quoi l’intégration de la Plateforme Agréée Chaintrust au sein d’evoliz change-t-elle concrètement la donne pour les utilisateurs (cabinets comptables et clients), et pensez-vous que cette approche puisse servir de modèle pour d’autres solutions du groupe Visma ?
François Aupetit CEO d’evoliz
Elle change tout, justement parce qu’elle ne change rien à l’expérience.
Avec Chaintrust intégrée nativement dans evoliz, c’est zéro configuration complexe pour se conformer en tant qu’entreprise. La Plateforme Agréée est incluse dans l’offre solution compatible, le lien est direct, et la conformité est garantie dès le premier jour de la réforme.
Pour les cabinets comptables, c’est la sérénité totale : une solution clé en main à recommander à leurs clients TPE/PME. evoliz pour une gestion quotidienne au top, Chaintrust pour gérer les flux de facturation électronique avec l’expertise dédiée d’une acteur reconnu.
Et pour les cabinets qui préfèrent définir leur propre PA, l’interfaçage sera possible, tout comme Chaintrust s’ouvrira probablement à d’autres solutions compatibles.
Bref, avoir deux experts solidement interconnectés (par le biais de Visma, un groupe de réputation mondiale), ça crée la stack la plus robuste face à la réforme. Chaque aspect est couvert par le meilleur du groupe.
Et oui, cette approche peut absolument servir de modèle pour d’autres solutions Visma : c’est la force du groupe, créer des synergies invisibles mais décisives pour nos clients.
Comment voyez-vous l’évolution du marché français de la facturation électronique d’ici 2027 ?
Mikaël Gandon CEO de Chaintrust
je pense que le marché français va progressivement passer d’une phase de mise en place de l’infrastructure réglementaire à une phase d’exploitation réelle de la donnée de facturation.
Les plateformes devront toutes être capables de gérer les flux de factures électroniques structurées, au format Factur-X, UBL ou CII, ainsi que les obligations d’e-reporting pour les opérations hors périmètre du e-invoicing.
La véritable différenciation se fera alors sur la capacité des solutions à exploiter ces flux dans les outils métiers des cabinets et des entreprises. L’enjeu sera de transformer ces données de facturation en automatisation concrète dans la chaîne comptable : intégration dans les logiciels de production, génération des écritures comptables ou encore préparation des déclarations de TVA et également en outil de pilotage et de compréhension des indicateurs financiers.
La facturation électronique ne sera plus simplement un sujet réglementaire, elle deviendra une infrastructure de circulation de la donnée financière, sur laquelle viendront s’appuyer les logiciels de gestion et les outils de production comptable.
François Aupetit CEO d’evoliz
D’ici 2027, je pense qu’on va assister à une recomposition du marché des logiciels de gestion. La réforme va agir comme un révélateur : les acteurs qui étaient en retard sur la banque, les achats ou la comptabilité vont se retrouver exposés. Ceux qui avaient anticipé vont prendre de l’avance.
Chez evoliz, notre objectif pour septembre 2026 est clair : couvrir 100% du périmètre de la réforme, y compris les fonctionnalités qui ne seront pas encore actives côté État. On veut être prêts avant tout le monde, pour que nos clients n’aient rien d’autre à faire que de continuer à utiliser leur outil comme avant.
En 2027, la conformité ne sera plus un sujet de conversation. Ce qui différenciera les solutions, c’est la qualité de l’expérience de gestion. Et là, c’est notre terrain depuis plus de dix ans.
Pour les entrepreneurs, nos clients, la bonne nouvelle c’est que cette réforme va poser, pour la première fois, un socle commun de gestion. Des millions de dirigeants qui n’avaient pas encore structuré leur suivi financier vont y être contraints et j’espère qu’ils y verront (comme nous) une opportunité, pas une punition.
Pourquoi avoir fait le choix d’une PA partenaire plutôt que de développer votre propre PA ?
François Aupetit CEO d’evoliz
Les lecteurs l’ont sûrement déjà compris s’ils nous ont suivis jusqu’ici : notre priorité, c’est d’exceller dans la gestion quotidienne des TPE/PME, pas de devenir experts en transport de données sensibles.
Développer notre propre Plateforme Agréée nous aurait détourné de notre cœur de métier et enfermé nos clients dans un écosystème propriétaire. On préfère l’approche ouverte : partenariat avec des spécialistes comme Chaintrust, pour offrir la meilleure expertise dédiée sans captivité.
Quel a été le parcours de Chaintrust pour devenir Plateforme Agréée (PA) ?
Mikaël Gandon CEO de Chaintrust
Lorsque la réforme de la facturation électronique a été annoncée, devenir Plateforme Agréée s’est assez naturellement imposé pour nous. Cela s’inscrit dans la continuité de notre mission : automatiser le traitement des flux comptables et faciliter leur intégration dans les outils des cabinets d’expertise comptable.
Le parcours pour obtenir ce statut est toutefois exigeant, à la fois sur le plan technique et réglementaire. Il faut répondre à un cahier des charges très précis défini par l’administration fiscale, notamment en matière de sécurité, de gestion des flux de facturation électronique et de transmission des données de facturation.
Nous avons donc engagé ce travail assez tôt afin d’anticiper les différentes étapes de la réforme. Cela a impliqué de faire évoluer notre infrastructure pour gérer les factures électroniques structurées dans les formats attendus par la réglementation, mais aussi de mettre en place les mécanismes nécessaires pour assurer l’interopérabilité avec les autres plateformes.
Nous avons d’abord obtenu une immatriculation « sous réserve » fin 2024, après plusieurs mois de préparation technique et de conformité et depuis décembre 2025, Chaintrust est désormais officiellement immatriculée Plateforme Agréée (PA) par l’administration fiscale.
L’objectif reste le même : simplifier et automatiser les flux pour les cabinets et leurs clients, tout en garantissant leur conformité réglementaire.
La facturation électronique marque un tournant structurant pour l’ensemble de l’écosystème comptable. Mais au-delà de l’obligation réglementaire, elle ouvre la voie à une transformation plus profonde : celle d’une comptabilité plus fluide, plus fiable et résolument tournée vers la donnée en temps réel.
Comme le résume François Au Petit :
« Dès septembre 2026, la réforme sera derrière nous… Pourquoi ne pas faire un peu de place à l’IA et aux alertes prédictives pour anticiper les flux avant qu’ils ne posent question ? »
De son côté, Mikael Gandon projette déjà la suite :
« La réforme est le socle qui va nous permettre de passer d’une comptabilité de “saisie” à une comptabilité en temps réel, où la donnée est certifiée et intégrée à la seconde même où la facture est émise. »
Une vision commune se dessine : faire de la facturation électronique non pas une contrainte, mais un levier d’innovation et de performance pour les entreprises comme pour les cabinets.


