regroupement cabinets expertise comptable

Comment les cabinets d’expertise comptable organisent-ils leur regroupement ?

En réaction à la crise sanitaire qui affecte particulièrement le tissu PME/TPE, une pression tarifaire risque de peser sur les honoraires des cabinets d’expertise-comptable.

Face à cette perte potentielle de chiffre d’affaires, les dirigeants de cabinets doivent prendre dès maintenant des décisions stratégiques pour maintenir leur rentabilité. Par ailleurs, l’émergence de cabinets low-cost digitalisés renforce la nécessité de se préparer à une concurrence accrue.

Certaines pratiques émergent déjà au sein de la profession : 

  • pour gagner en productivité (équipement d’outils d’automatisation), 
  • pour mieux maîtriser ses coûts (travail en full remote), 
  • soit pour accroître son chiffre d’affaires (examen de conformité fiscale, conseil, interprofessionnalité …).

Face à la forte concentration du marché (40% des parts de marché sont captées par les Big4), les acteurs indépendants ont cherché à se regrouper de différentes manières afin de rééquilibrer le rapport de force. Le contexte de crise sanitaire a renforcé le phénomène de regroupement au sein de la profession.

Cabinets d’experts-comptables : Pourquoi se regrouper ?

La stratégie de regroupement par réseau ou franchise répond à une problématique intrinsèque à l’économie de marché : la théorie des jeux. 

Ce concept que l’on doit à John Nash énonce que la solution d’un jeu sans coopération peut aboutir à une “stratégie dominante” pour chaque acteur où chacun cherche à minimiser sa prise de risque. Or, cette situation ne correspond pas à une solution optimale. On parle alors d’un “équilibre de Nash” ou “équilibre sous-optimal”. Ce postulat pris dans le sens inverse induit que les acteurs d’un marché peuvent parvenir à un équilibre optimal s’ils décident de coopérer.

Cette théorie éclaire sur la raison qui poussent à maintenir des conditions de marché dignes d’un oligopole avec entente sur les prix ou les quantités de ressources distribuées. Il existe des exemples à différentes échelles comme le pétrole ou celui du jambon

Dans le cadre de l’expertise-comptable, il ne s’agit pas de s’entendre sur les prix, car il s’agit d’un marché où le nombre d’acteurs est suffisant pour créer une compétitivité prix. Le regroupement est donc motivé par la recherche de rentabilité et de part de marché par la mutualisation de moyens. En effet, des centres de coup comme le marketing ou les outils de productions peuvent être très élevés pour un cabinet seul et ainsi constituer une barrière. Or, la mutualisation de ce type de coûts fixes (R&D, marketing, formation …) devient abordable lorsque les cabinets se regroupent.

Enfin, les secteurs d’activités du tissu économique français sont extrêmement diversifiés (+700 codes NAF). Regrouper les moyens humains permet également une mutualisation de savoir et de compétence permettant d’élargir sa clientèle et d’attirer des clients de tous types de secteurs.

Comment se regrouper ?

Les opérations de fusions/absorptions sont un mode de regroupement transactionnel qui permet notamment aux cabinets de type Big4 de croître leur part de marché par croissance externe. On peut citer l’absorption de Constantin & Associé en 2008 et de Scacchi & Associés en 2012 par Deloitte. Au-delà de la prise de participation (totale ou partielle) les conséquences sont généralement très lourdes (harmonisations des règles salariales, harmonisations des outils, harmonisation des procédures de travail, …).

Les réseaux assimilés “franchise” tels que BDO ou Orcom sont un autre mode de regroupement qui n’induit pas nécessairement de liens capitalistiques. À l’image des grandes franchises, leurs liens sont caractérisés par un contrat de distribution et un contrat de franchise. Ces liens contractuels ont pour finalité d’uniformiser et d’harmoniser les processus de sorte qu’il n’y ait aucun esprit de confusion auprès des parties prenantes (clients, salariés, fournisseurs …). Ces regroupements sont caractérisés par un fort degré d’intégration élevé, et les processus sont fortement standardisés. Généralement, le cabinet abandonne son identité graphique et de marque au profit de celle de la franchise.

Les groupements sont proches des réseaux structurés, mais impliquent un niveau d’intégration plus faible. Le cabinet peut généralement garder sa propre identité de marque avec de faibles contreparties. Ces groupements laissent plus de libertés aux dirigeants de cabinets tout en leur donnant accès à des ressources communes et possibilités de synergies. 

Les associations ou fédérations, au sens de la loi 1901, proposent des synergies autour d’une entité juridique de type association. Dans les formes, le cabinet reste indépendant et maître de sa stratégie. Ce type de structure a vocation à servir l’intérêt de ses membres. Dans le cas d’ATH, association d’expert-comptable la plus développée en France, cela se traduit par la constitution de comités visant à répondre à des problématiques communes à plusieurs membres.

En définitive, il existe plusieurs possibilités pour les dirigeants de cabinets de mutualiser leurs moyens avec des degrés d’intégration différents et des enjeux plus ou moins importants (entrée au capital, refonte organisationnelle, …). Cela offre aux experts-comptables la possibilité de mieux maîtriser leurs coûts de structure et de bénéficier d’effets de synergie.